SI LNB7

Duo pour Bessette et Contrebasse d’après SI de HÉLÈNE BESSETTE

un projet conçu et interprété par Claudine Hunault et Elise Dabrowski

« Le langage « poétique » est forcément celui de ce temps difficile (...) Dans un monde bruyant, angoissé, une phrase qui se fait entendre. Une phrase qui doit être lancinante. Voisine du Jazz. Qui retient. Cruelle peut-être.
Ce qui prouve qu'elle est à sa place. »

Hélène Bessette, « Le Manifeste », Le Résumé, Revue Littéraire n°1.
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- Si
le texte

Un texte comme SI, c’est d’abord un paysage sonore, c’est presque une peinture. Il y a des mots qui font tache, il y a des mots qui ne sont que lumière, il y a des formes désarticulées. Et pourtant une histoire se raconte comme une autofiction : Désira doit-elle ou non se suicider ? Ce qui se dit et la façon dont ça se dit sont porteurs d’une vitalité et d’un humour désarmants. La parole saisit la sensation au plus près et la charge poétique en est d’autant plus forte. L’écriture est nerveuse, infatigable comme Désira qui trace son chemin entre suicide et désir (« Car je n’ai jamais décidé de mourir. / Ai-je parlé de suicide ? »). Le constat sur le commerce des êtres entre eux est cru, et comique d’être aussi cru. Tout le monde y passe, les gens du quartier, les voisins, les collègues, les amies, les Marchands, le Docteur, les Directeurs, les Inspecteurs, Dieu aussi, la teinturière...
« Elle m’a demandé :
Si j’aime le vent.
Le grand vent.
Et la Magnani.
Et voilà
maintenant je vais me suicider. Parce qu’on me demande si j’aime le vent,
le grand vent.
Le grand vent propre qui emporte les paroles.
Qui emporte les voix.
Les fait claquer plus loin dans un ciel sans clémence. »

- Si
le projet

Nous voulons faire entendre l'écriture de Bessette dans une rencontre entre parole/ parlé-chanté/musique. Nous provoquons une alliance entre un instrument et une langue et ce Duo pour Bessette et Contrebasse est une performance vocale et musicale sur l’équivoque et la matérialité sonore du mot autant que sur le sens. Le plaisir est à prendre sur les deux versants, celui de la musicalité et celui de l’histoire.
Bessette est à lire, certes, et peut-être plus encore à dire et à écouter. Notre Duo est un rendez-vous offert avec une rebelle de la littérature qui disait « Ma manière vient des psaumes ».

- Bessette
L’écrivain

Hélène Bessette (1918-2000) est un écrivain majeur, l’oubli qui a frappé son œuvre est incompréhensible. Elle a publié treize romans aux Éditions Gallimard. Les plus grands noms de l’art et de la littérature en France l’ont soutenue, Duras, Sarraute, Beauvoir, Paulhan, Leiris, Queneau, Dubuffet… Deux de ses livres ont été inscrits sur les listes du Goncourt et du Femina. Les éditions Laureli et Léo Scheer ont entrepris depuis 2006 une nouvelle publication de ses textes. Passionnée par toutes les expérimentations en poésie, en musique, en peinture, Bessette est dans une transgression radicale des codes et des genres littéraires. En 1954, elle définit sa conception du roman dans un Manifeste qu’elle réinterroge en 1959, année où elle fonde le Gang du roman poétique.

Elle dit.
Elle crie :
Je me suicide.
— C’est très décourageant.
Soupire la jolie intelligente infirmière. (Elle part demain avec son ami.)
Il faudra tout recommencer.
— Je me suicide, crie la malade.
J’ai parlé.
Ai-je parlé.
Qui suis-je ? crie la malade en voie de guérison.

Écrire
JE SUIS GUÉRIE
Sur trois cents pages.
Toutes sortes de choses épouvantables et vraies.
Sur trois cents pages.

ÉPOUVANTE

Page de vie. Page d’épouvante. Une seule page. Bien postée. Bien timbrée.
Ma page d’écriture. Appliquée. Cursive.
Je suis guérie.
Bien lourde et bien timbrée ma page.
Philatélie de cauchemar.
Jusqu’au délire.
Délirium.
Jusqu’au vertige.
Vertigium.
A trois cents pages à l’heure.
La vie la mort à trois cents à l’heure.
Sur le cadran. L’aiguille affolée. Un calmant S.V.P.
S.O.S. O.S.O.
Un calmant pour l’aiguille. Maintenant. L’aiguille en route.
On demande un tranquillisant pour le Docteur.
Conseillez-lui de faire de la peinture. Ou de la broderie.
C’est recommandé.