GRANDE BALADE

HÉLÈNE BESSETTE

Collaboration artistique Joelle Jouanneau. Création au festival Karrément à l'Ouest, Port-Louis. Septembre 2015.

« C’est le départ.
On va essayer. S’il n’y a pas autre chose.
Si la médiocrité est la plus forte. On va tenter le Destin.
Le défier.
On va rompre avec l’habituel.
On va forcer la vie à être belle.
Bonheur de force. Bonheur à volonté. »

Que j’ai vécu aux iles Marquises pendant près d’un an n’est pas étranger à ma décision de porter sur scène le texte de Grande Balade. J’aimais ma vie et ses mensonges et j’étais excitée à l’idée d’en ébranler les assises en allant nommer les choses de l’autre côté du monde. Les palmes humides de lumière, le ciel saturé de bleu et la houle longue sur les plages de sable noir avaient creusé en moi un espace où la voix de Bessette est venue prendre place, c’était naturel et l’étonnement venait d’une correspondance aussi précise entre sa traversée et la mienne.


La lucidité impardonnable d’Hélène Bessette

Grande Balade est une lucidité virulente sur notre demande et notre quête de bonheur. Le bonheur qui serait la vie moins. Moins les questions, moins les doutes, moins les contradictions. Et ça ne marche pas. On a envie d’y croire. On croit le tenir ce bonheur moins qui serait de la vie en plus, on va pas lâcher ça.
Et ça ne marche pas.
Il y a dans l’écriture de Bessette une performance vocale et musicale sur l’équivoque et la matérialité sonore du mot autant que sur le sens. Le plaisir est à prendre sur les deux versants, celui de la musicalité et celui de l’histoire. Bessette est à lire, certes, et peut-être plus encore à dire et à écouter. La proposition est un rendez-vous offert avec une rebelle de la littérature qui disait « Ma manière vient des psaumes ».

C’est un embarquement pour l’étrange, le profond, le très drôle.