DÉSIR D'ANTIGONE

Ateliers/Editions Tarabuste, juillet 2006.

Antigone m’accompagne depuis l’enfance
une figure
une force tendue vers un point hors horizon
Antigone, hors la loi de naissance, fille de l’inceste, est une figure du désir à l’état pur
transgression vivante de la loi et qui appelle la loi à se manifester
Antigone met en scène l’état pur de son désir
jeter la terre sur le corps de son frère
une fine poussière de terre et un peu d’eau sur un corps qui pourrit et qui empeste
geste clandestin d’accouplement
rendre son frère au champ de la loi et redonner un corps à sa mère
vivante elle entre dans la grotte, tombeau vide
Antigone condamnée par la loi, rejoint la loi au lieu où celle-ci n’opère plus
là où elle est non écrite
la grotte est encore l’affaire de la loi mais c’est la limite du pouvoir des signifiants
Antigone tient tête à tout ce qui est écrit
elle se tient sur une limite que le langage désigne mais à laquelle il s’arrête
sur un versant, il y a encore du dire
au-delà ça ne se dit plus et surtout ce n’est plus pensable
nous ne savons pas ce qui se passe après l’entrée dans le tombeau

A première vue, c’est une histoire de famille.
Œdipe a questionné jusqu’au bout et il a su son crime d’inceste avec sa femme/mère Jocaste.
Antigone a suivi son père Œdipe dans son errance.
Elle l’a accompagné jusqu’au bout. Presque. Elle aurait voulu être là lorsqu’il s’est dissout dans un appel du ciel. Œdipe n’a pas voulu.
Antigone pouvait se reposer à Athènes, nourrie, logée, protégée par Thésée. Elle ne veut pas.
Antigone retourne à Thèbes retrouver ses deux frères qui s’entretuent. Soif de pouvoir.
Après le combat, sans trop savoir qui est qui des deux cadavres enlacés, Créon décide qu’Etéocle le vertueux sera enterré et Polynice le traître abandonné au soleil et aux rapaces.
La famille fuit par où le corps se décompose.
Antigone veut être là aussi. Dans cette brèche là.

Edition Tarabuste