COMME UNE ÉPAISSEUR DIFFÉRENTE DE L'AIR

Claudine Hunault, Nathalie Milon ed. Cheyne

Ce dialogue est celui de deux artistes, Nathalie Milon, chanteuse, et Claudine Hunault, metteur en scène et écrivain. Il s’est instauré à la demande de Nathalie Milon. La demande portait sur un accompagnement susceptible de la rapprocher de son désir de création. Elle envisageait un projet de spectacle dont l’épicentre serait ce qui marque aussi son rapport intime au monde : la cécité. Ne pas voir, être vue, être une artiste qui ne voit pas et qui perçoit le monde. Que Nathalie Milon soit aveugle n’était pas considéré comme une donnée première de l’expérience mais comme une qualité supplémentaire qui ouvrait un champ plus vaste à l’énigme de la perception.

Le dialogue, rythmé en une suite de séances d’une heure le plus souvent, était intégralement transcrit par Claudine Hunault au moment même où il se déroulait. La transcription manuscrite est une part essentielle d’un travail que Claudine Hunault a élaboré dans le cadre d’accompagnements individuels et d’ateliers d’écriture. Le travail est structuré par une écoute et un questionnement qui entraînent la personne, ici Nathalie Milon, dans une présence à soi de plus en plus dense et à une saisie très investie de ses perceptions. C’est une saisie poétique qui va au plus près du réel. La saisie trouve pour se dire une parole qui est conséquence poétique de la perception.

La parole semble brute parfois, parfois immédiate, elle est en fait réfléchie et lourde, non pas pesante, mais lourde de l’histoire du sujet. Elle aborde toutes les régions de l’expérience humaine, l’espace, le temps, autrui, la vie au quotidien, la vie sur la scène, la beauté, la peur, la féminité...
La transcription de chaque séance était ensuite transmise à Nathalie, acte de restitution par Claudine d’une parole qui venait à nouveau ensemencer de la pensée et de la perception.