LA PAGE ET LE PLATEAU


Claudine Hunault

L’écriture vient très tôt, vers 7, 8 ans (mais quoi écrire ?), puis la poésie vers 13 ans (dire du
Boris Vian en public) et à 17 ans c’est la rencontre avec le théâtre (jouer une scène de Brecht « La délation »). Une sensation dans le corps qui ne s’effacera jamais.
Une vingtaine d’années est consacrée au théâtre, exclusivement, répéter, jouer, partir en tournée, faire vivre une compagnie, trouver de l’argent, former un public. C’est à Nantes et c’est le Théâtre La Chamaille, créé avec Yvon Lapous et Hervé Tougeron. De 1974 à 1995, le collectif monte des textes et pièces de Kipling, Prévert, Tardieu, Arrabal, Obaldia, Walser, Weingarten, Ionesco, Molière, Laing, Pinter, Tennessee Williams, Lorca, Flaubert, Bukowski, Burroughs, Beckett, Sade, Tournier, Lewis Carroll, W. B., Yeats, etc. Il se produit en France, en Europe du Nord et de l’Est. Fin d’une première vie.

Chemins de traverse. Création d’un laboratoire Le Dernier Spectateur. Performances sur des textes de Maïakowski, Dostoïevski, Danielle Sarréra, Hildegarde de Bingen (Les Œuvres Divines), Musée des Beaux Arts de Nantes, Université de Paris X Saint Denis, Festival de Palerme, Abbaye Royale de Fontevraud.

L’écriture gagne du terrain. Désir d’Antigone (Tarabuste Editions, 2006) porté à la scène avec une création musicale de Laurent de Wilde. Des ateliers pour écrire avec d’autres, des enfants, des adultes, des patients en hôpital psychiatrique et des impatients au dehors (résidences d’artiste dans les Alpes de Haute Provence, collaboration avec le 3BisF de l’Hôpital Montperrin à Aix en Provence, ateliers dans des écoles (Nice, Menton). L’écriture est toujours conjuguée à la parole, les enfants et les adultes sont mis en scène dans leurs écrits. Souvenir magnifique d’enfants disant leurs poèmes dans un village en ruines haut perché dans la nuit.

Le théâtre ne lâche pas. C’est Judith Productions, structure fondée en 1995, et c’est Baal de Brecht adapté pour un chanteur (Lionel Sarrazin), une danseuse (Anne Martin) et un contrebassiste (Peter Kowald). C’est Seven Lears de Howard Barker, Macbeth de Shakespeare, monté entre la France et Cuba, Baglady de F. Mc Guiness... Et aussi une charge de cours en Formation de l’acteur à l’Université d’Aix Marseille, Département Arts du Spectacle.

Puis c’est Les Marquises (en 2003/2004) vécues comme le lieu d’une capture, au cœur d’une nature qui à ce moment-là d’une histoire, signifie le réel. Rivée par elle à une sauvagerie intérieure qui répond à celle des forêts et celle des abrupts qui chutent dans la mer, à celle des bêtes qui se blessent dans les genévriers, et celle plus étrange des hommes, ivres, qui se frappent entre eux, par ignorance des issues. C’est Heretu et les yeux de la nuit un conte pour enfants (L’Harmattan, 2006).

Au retour c’est le temps des études (le théâtre à 17 ans en avait pris la place). Un master 2 Recherche, Théâtre et arts du spectacle, Université de la Sorbonne Nouvelle Paris 3, Institut d’Etudes Théâtrales : un mémoire sur « La pensée ou la passion en soi - d’Antonin Artaud à Maurice Blanchot, l’hypothèse d’une filiation dans l’expérience de la pensée », dirigé par G. Banu (2005). Puis c’est une thèse en “Histoire et sémiologie du texte et de l’image”, Université Paris Diderot – Paris 7 : “Le réel sans lieu; Blanchot avec Lacan – et Régy, Castelluci Delbono”, dirigée par C. Bident (2010).
Entretemps enseigner le théâtre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Nice et passer le Certificat d’Aptitude aux fonctions de professeur d’art dramatique (2008).

Après la thèse, retrouver le plateau. Autrement. Avec des chanteurs lyriques, mettre l’expérience théâtrale au service de leur présence en scène. En cours particuliers ou master classes travailler avec eux la puissance d’expression de leur corps, la qualité de leur perception, l’imaginaire d’un rôle, le rapport du chant à la parole et la place du désir dans l’acte artistique. Les accompagner dans un questionnement sur la relation de l’artiste à son image, son identité artistique, son dialogue avec les milieux professionnels, le développement d’une carrière.
Mettre en scène L’Arche de Noë de Britten, (Nice 2006), Le Mariage secret de Cimarosa, direction Denis Segond, (Monaco 2009), La flûte enchantée, direction Bruno Ricaud, (Libourne 2011), mettre en espace Porgy and Bess, direction Alexandra Cravero, (Paris, 2012).
Entretemps une scène ouverte sur Le Terrier de Kafka, Variations Terrier, avec Béatrice Houplain (Théâtre Paris Villette, 2011).

Côté écriture : Des choses absolument folles, une dramaturgie du fantasme dans Le Très-Haut de Maurice Blanchot, publiée aux Editions Modulaires Européennes (EME), collection « Lire en psychanalyse » (Belgique, mai 2012) .

2013/2014 Le temps des découvertes, des projets, des créations.

Un opéra contemporain, Pluie d’été, l’écriture du livret d’après La Pluie d’été de Marguerite Duras, musique de Lionel Belmondo et la mise en scène prévue à l’Opéra de Nantes Angers (automne 2014).

Une création, Si LNB7 Duo pour Bessette et Contrebasse, conçue et interprétée avec Elise Dabrowski contrebassiste, chanteuse lyrique et jazz, sur le texte d'Hélène Bessette, "Si", Une performance vocale et musicale sur l'équivoque et la matérialité sonore du mot tout autant que sur le sens : “Un roman poétique d’où le théâtre n’est pas loin, comme une tranche de vie coupée à vif” (présentation d’un premier jet à la Librairie Le Genre Urbain, Paris 20°, janvier 2013)

Une petite forme, Die Winterreise, Le voyage en Hiver de Schubert, mise en scène de lieder chantés et parlés avec la soprano Pauline Larivière.

Il faut aussi parler de l’analyse, parler d’une vie de théâtre traversée par l’expérience analytique :

Des formations et des accompagnements.

- Parler, prendre sa place. Parler soulève deux questions essentielles : celle du désir et celle de la place. Formations individualisées sur la voix et la parole, la perception et la représentation de soi, sur la présence et la place dont chacun s'autorise.
- Séminaires sur « Le champ du transfert dans la relation en milieu professionnel ». Université de Technologie de Compiègne, 2009/2012.
- Direction de mémoires professionnels, des étudiants du Diplôme Universitaire : « Accompagnement/Conseil en Développement Professionnel », Université de technologie de Compiègne.

Des colloques.

- 2011, « L’instant de ma mort ou une question inventée face à l’impensable » colloque sur Les Romans et Les Récits de Maurice Blanchot. Université Paris-Ouest Nanterre La Défense.
- 2009, « Comme si la terre se gondolait de ce que dit la voix » colloque « incestes et prohibitions », Fédération Européenne de Psychanalyse, F.E.D.E.P.S.Y. Strasbourg.
- 2009, « Du son ou du dit ? », Séminaire sur la voix, F.E.D.E.P.S.Y., Strasbourg.
- 2008, « Les corps malades du signifiant », colloque à l’Université Nice Sophia-Antipolis, UFR Lettres, Arts, Sciences Humaines, Association d’Etudes de Freud et de Lacan.
- 2007, « Ecrire, Dire, Se représenter ou Le Geste de Dire » colloque de Cerisy, « Développements durables : Nouvelles voix, nouveaux passages ».
- 2007, « Le corps, sa musique, sa danse », Rencontres Dialoguées de l’Institut Méditerranéen d’Anthropologie et de Psychanalyse (I.M.A.P.), Nice.
- 2006, « Le désir et la perte dans le champ de la création », I.M.A.P. Nice.
- 2004, « La médiation culturelle ou les formes inattendues du lien social », cycle de conférences et ateliers dans le cadre du projet européen « INTERREG », « Montagnes en scène » Alpes de Haute Provence/Piémont.
- 2001, « Ecritures et mise en scène de la parole »,dans le cadre du colloque : « Comme un concerto virtuel », Hôpital Edouard Toulouse, Marseille.
- De 1999 à 2003, « Rôles et pouvoirs du rôle » ; « Questions de reconnaissance » ; « Expériences de création », conférences auprès d’Entreprises et d’Etablissements Publics.
« Les stratégies d’influence », Ateliers d’écriture de scénarios.
- 2001 et 2002, « Parler ou communiquer ? », séminaires de formation, Direction de la Communication France Télécom, Toulouse.

Des articles parus en revues.

- Comme si la terre se gondolait de ce que dit la voix, Triages, Art et Littérature, Tarabuste Editions N°22, juin 2010.
- Comme si la terre se gondolait de ce que dit la voix, Revue Analuein, Journal de la F.E.D.E.P.S.Y., N°13, décembre 2009.
- Les corps malades du signifiant, Revue de l’Association Lacanienne Internationale, N°13, 2008.
- Ecritures et mise en scène de la parole, extrait du colloque « Comme un concerto virtuel », Hôpital Edouard Toulouse, Marseille, 2001.